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Allocution de M. Jean-Louis Mainguy à l\'AFE |
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Allocution de M. Jean-Louis Mainguy, Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription Liban, Syrie, Jordanie et Irak, prononcée en séance plénière de l’AFE le vendredi 8 septembre 2006 à Paris, en faveur de la communauté française au Liban
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Madame la Présidente,
Mesdames Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Directeur des Français à l’étranger et des étrangers en France,
Chers Collègues,
Je ne voudrais pas que nos interventions d’aujourd’hui, à mon collègue l’ambassadeur Marcel Laugel et moi-même, soient une intervention de plus, une intervention de trop, mais qu’à travers ce que nous allons tenter de vous exposer, vous puissiez mieux comprendre, pour mieux réagir vis-à-vis de l’urgence de la situation que notre communauté française du Liban vit au quotidien.
Parler brièvement du Liban n’est pas chose facile parce que le Liban est un pays complexe. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique pour le moins compliqué et c’est cette complexité qui le rend paradoxalement passionnant à découvrir. C’est cette même complexité qui pourrait nous le rendre si attachant.
Ce n’est pas la cause du Liban, rassurez-vous, que je viens défendre ici, que cela soit clair, c’est bien la cause de notre communauté de Français du Liban – qui se retrouve aujourd’hui quelque peu oubliée par la France – et c’est cet oubli qui m’interpelle sans que cela ne soit en rien réducteur des efforts que nous savons et que la France n’a eu de cesse de fournir en aide au Liban ces dernières semaines.
Je ne vous apprendrai rien de neuf en vous disant que la France a été le seul pays réactif à cette guerre, réactif dans l’urgence et à plusieurs niveaux, tant diplomatique, militaire, humanitaire, que dans les domaines de l’aide à la reconstruction – phase qui débute aujourd’hui par la mise en place des ponts Bellay sur l’ensemble du territoire libanais pour n’en donner qu’un exemple.
Mais cet engagement s’est transformé en succès grâce aux efforts admirables de notre ambassadeur Bernard Emié et à l’étroite coordination avec le directeur des Français à l’étranger Monsieur François Barry de Longchamps et de toutes les équipes locales et celles envoyées en mission et qui ont su créer cette dynamique d’entraide et de solidarité – qu’ils en soient remerciés.
Mais force est de constater qu’aucune aide spécifique n’a été adressée aux membres de notre communauté française du Liban, comme si cette guerre ne les avait pas touchés, comme s’ils avaient tous quitté le pays, et l’amalgame ici est facile, et le raccourci dangereux.
En effet, ne nous méprenons pas, si l’opération « aide au départ » s’inscrit déjà dans les annales comme étant la plus importante opération de retour en France, et non de « rapatriement », de ressortissants français à partir d’un pays étranger depuis juin 1962 en Algérie (600.000 Français regagnaient la France à la veille de l’indépendance de l’Algérie), cette dernière opération qui a permis à près de 14.000 personnes de quitter dans les meilleures conditions possibles le Liban, cette même opération ne s’est adressée prioritairement qu’aux touristes et aux Français de passage, et ils étaient près de 9.500 personnes qui nous ont tous surpris par leur grand nombre, étant pour la plupart d’entre eux rentrés au Liban avec leur passeport libanais et non avec leurs documents français.
Cette opération s’est adressée aussi à près de 2.800 citoyens de la communauté européenne qui ont pu profiter du dispositif de départ grâce aux accords bilatéraux conclus entre la France et certains pays de la communauté européenne, et enfin, seulement près de 1.800 Français résidant au Liban ont souhaité quitter ce pays, et en priorité ceux qui avaient perdu leurs maisons et qui se trouvaient dans les zones les plus touchées par les bombardements (soit seulement 10% de notre communauté de 18.000 inscrits auprès des services consulaires et seulement un peu plus de 10% des départs vers la France).
Il est à noter qu’un peu plus de la moitié de ces 1.800 personnes sont déjà de retour au Liban.
La communauté de Français résidant au Liban est donc aujourd’hui au nombre approximatif de 17.000 personnes sur les 18.000 inscrits avant le 12 juillet dernier, et pour ces 17.000 personnes le problème reste entier.
Ceci pour la première opération d’envergure entreprise par la France.
La deuxième opération concerne les aides humanitaires avec « Le bateau pour le Liban » chargé d’aides alimentaires, humanitaires, de produits pharmaceutiques, etc. Ces aides n’ont concerné eux non plus – et cela est légitime – que la population libanaise ayant souffert de la guerre. Mais malheureusement, pas une palette de médicaments n’a pu être envoyée aux familles françaises qui, au même titre que les familles libanaises habitant les régions touchées, en avaient le plus grand besoin.
Nous avons pu in extremis envoyer les dernières palettes d’eau minérale avec l’aide du « Secours populaire » vers Cana, ville du Sud-Liban détruite à 70%, dont le maire se trouve être français ainsi que sa famille. 120 de nos compatriotes y habitent d’ailleurs et 300 Français habitent les environs de la ville tout autant touchés par les bombardements. Est-il nécessaire de vous préciser aussi que cette région de Sud est l’un des fiefs du Hezbollah ?
Lors d’une visite d’évaluation que j’ai pu entreprendre la semaine dernière, j’ai pu constater de visu l’ampleur de la catastrophe, mais aussi l’ampleur des besoins de nos concitoyens sur place.
- L’eau est aujourd’hui un problème majeur. L’eau potable bien sûr, l’eau domestique pour l’hygiène aussi et surtout l’eau d’irrigation pour les champs car c’est d’une économie agraire que vivent ces régions. Je vous rappelle que l’ensemble du réseau de canalisation d’eau a été entièrement détruit par les bombardements. L’organisme libanais « Waterboard » se charge actuellement des travaux de gros œuvre pour les canalisations principales, mais il y a tant à faire qu’une aide à ce niveau serait à envisager très sérieusement.
- Des stations de traitement des eaux sont à prévoir ainsi que des stations de pompage. Le réseau électrique étant en majeure partie détruit, des groupes électrogènes mobiles seront nécessaires pour faire activer tout ce matériel technique.
- Les mines et bombes à « sous-munitions » (ou Cluster bombs) qui ont été larguées dans les champs sont aussi un danger de tous les instants et avant de regagner les terres pour les cultiver, des équipes de déminage doivent absolument assainir le terrain, tâche qui a déjà commencé, mais il est probable que cela prenne bien plus de temps qu’escompté initialement.
- Une catastrophe écologique est en cours, suite à une marée noire qui a atteint les fonds marins d’une part avec le fioul lourd, et les 180km de côtes d’autre part avec des sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité comme Byblos et son port aujourd’hui entièrement « emmazouté ». La cellule antipollution de la base navale de Toulon s’y attelle mais ce n’est pas suffisant vu l’ampleur de la catastrophe.
- Vous l’avez compris, cette guerre dévastatrice pose des problèmes concrets qu’il sera difficile de gérer dans cette phase fragile d’après-guerre. C’est pourquoi des aides sous toutes leurs formes sont aujourd’hui attendues dans l’urgence pour conforter, pour rassurer la communauté française du Liban qui est inquiète quant à son avenir.
- 25 à 30% des affaires et sociétés libanaises sont en passe de déclarer faillite. Ce sont là des chiffres qui me sont communiqués par la Chambre de commerce et d’industrie du Liban. Imaginez l’impact dramatique de cette nouvelle crise du chômage et ses conséquences négatives sur l’ensemble de la société y compris les membres de notre communauté de Français du Liban.
- C’est là la principale raison pour laquelle je demande qu’une enveloppe, prise sur les fonds d’urgence « pour assistance aux Français du Liban », puisse être dégagée et dirigée vers le service social de l’ambassade de France à Beyrouth qui pourra la gérer en fonction des demandes qui lui seront adressées.
- Madame Bossière, directrice de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger, nous a assuré hier lors de son intervention qu’une augmentation exceptionnelle de l’enveloppe des bourses scolaires 2006-2007 serait envisageable, qu’elle en soit remerciée, ainsi que les sénateurs Kammermann et Ferrand qui ont appuyé ce projet.
- Une prise en charge exceptionnelle « d’allocation chômage » pourrait être créée pour les personnes ayant perdu leur travail suite à cette guerre.
- Un système de jumelage entre certains villages du Sud-Liban et des mairies de France pourrait être mis en place pour la reconstruction de ces villages.
- La Caisse des Français de l’étranger (CFE) a réagi dès la première semaine de guerre avec des mesures spécifiques adressées aux Français du Liban, vu leur situation d’exception, qu’elle en soit remerciée ainsi que le sénateur Jean-Pierre Cantegrit qui a été l’initiateur de ces mesures.
- Un fonds de solidarité UFE France/Liban a été créé et il est alimenté par des donations internationales qui intéressent l’ensemble des Français du Liban, toutes familles – associatives, politiques ou religieuses – confondues. Que l’UFE en soit remerciée ainsi que le président Gérard Pélisson qui en a été le créateur.
- Toutes ces actions sont utiles certes, mais en regard d’un cycle de paupérisation imminente, il en faut encore davantage, et ce n’est pas une réaction tiède et timide que les membres de notre communauté attendent de notre part. Ce sont des mesures concrètes qui répondront exactement aux nouvelles situations de précarité et aux besoins spécifiques créés par cette guerre et vécus par chacun de nos concitoyens. Car c’est bien d’eux qu’il s’agit, car ce sont bien eux que nous représentons à cette Assemblée ! Ce sont bien eux qui nous ont élus pour être leur porte-voix au sein de cette même Assemblée.
- Ce sont eux, tous ces volontaires, toutes familles – associatives, politiques ou religieuses – confondues, encadrés par les 3 Conseillers à l’AFE Madame Denise Revers-Haddad, l’ambassadeur Marcel Laugel et moi-même – qui ont réagi dans les premières heures de guerre au côté d’un plan de sécurité quelque peu défaillant, pour être là et corriger le tir par leur présence, par leur nombre, par leur efficacité, par la volonté qu’ils ont eu de servir, et quelqu’un, et la France. C’est cette solidarité des premières heures, cette solidarité de 34 jours d’une guerre intense, qui attend aujourd’hui en réponse à ses efforts une réaction de notre part, une réaction dans la durée qui puisse résoudre des problèmes de fond, des problèmes pratiques mais tellement essentiels.
- En transposant les lieux et les faits, imaginons qu’une commune de France de 18.000 habitants venait à être sinistrée, comme l’est aujourd’hui notre communauté de Français du Liban, les réactions en faveur de cette commune auraient-elles autant tardé à lui parvenir ? Je me permets d’en douter. Alors au risque de vous paraître lyrique et au nom de ce troisième volet de notre devise, au nom de la fraternité qui est sans doute le plus oriental des visages de la France, je vous demande, Mesdames, Messieurs, Chers Collègues, je vous demande de réagir et d’agir !
Merci.
Paris,08 Septembre 2006
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